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6 élèves à Auschwitz et Birkenau
Le mercredi 18 novembre 2009, 120 lycéens du Nord - Pas de Calais se sont rendus à Auschwitz et à Birkenau, deux camps tristement célèbres du système concentrationnaire nazi.


 Cette journée d'étude était organisée par le Conseil Régional, le Rectorat avec le soutien du Comité d'information des lycéens sur la Shoah.
            Elle concernait 20 établissements de la région, qui avaient chacun retenu six élèves de terminale accompagnés d'un enseignant, Mme Annick Ségard, professeur de lettres, pour le lycée d'enseignement général et technologique Saint Luc de Cambrai.
            Elle s'inscrit dans le projet d'établissement lié au devoir de mémoire. L'an dernier, ce sont deux classes de seconde ST2S qui ont participé au concours de la Résistance et de la Déportation dont le sujet était : « les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi ». Deux groupes ont été lauréats parmi 9 travaux récompensés et les 74 travaux réalisés pour l'Académie de Lille  (Voir la Voix du Nord du 23.06.2009). Monsieur Charles  Baron était intervenu auprès de ces élèves pour témoigner de son expérience de déporté. (Voir la Voix du Nord du 17.02.2009.)

            C'est une journée éprouvante qui attendait nos six élèves. Après un départ très matinal (3h30, c'est dire la motivation de ces élèves!) pour gagner l'aéroport de Lesquin, nous avons rejoint les 19 autres établissements (soit 120 élèves et 20 professeurs). C'est donc en avion que nous sommes partis pour  Cracovie. Nous y étions attendus par d'anciens déportés qui avaient accepté de partager notre journée et de revenir sur les lieux de leur souffrance, persuadés qu'il s'agit d'un devoir.
            Pour notre groupe il s'agissait d'Yvette Lévy, arrêtée  à l'âge de 17 ans   par la Gestapo le 22 juillet 1944 et transférée à Drancy puis à Birkenau où elle découvre l'horreur de l'extermination. Dans le bus alors que nous nous dirigeons vers Auschwitz, elle raconte: « Dés que la porte s'est déverrouillée, il y a eu les hurlements, les chiens, un groupe d'hommes en pyjamas rayés. On se disait: c'est le bagne? On ne savait pas. On riait et on pleurait. » Elle découvre à Birkenau l'horreur de l'extermination et des sélections. En octobre 1944, elle est transférée dans un camp de Tchécoslovaquie  abandonné par les SS en avril 1945 d'où elle organise péniblement son rapatriement avec ses camarades. 
     Tandis que nous visitions le camp d'Auschwitz, le commentaire d'une guide francophone  nous a apporté la dimension historique de la Déportation .Yvette Lévy très présente ne manquait pas d'intervenir et de nous faire partager son  vécu douloureux de déportée.
            Au cours de cette visite l'émotion a grandi. Nous avons été saisis par l'avalanche de chiffres et leur démesure. Vitrines de chaussures, de valises, de biberons ont rappelé que c'étaient bien des hommes, des femmes, des enfants qui ont été là exterminés. Frappés par la beauté et la jeunesse de Charlotte Delbo, que dire quand devant les murs de portraits photographiques qui individualisent ces victimes, nous avons entendu une dame dire: « C'est sur cette photo que j'ai reconnu mon amie et que j'ai su qu'elle était morte ici. »? Rien justement, les mots manquent.
L'après-midi, nous nous sommes retrouvés à Birkenau et Delphine, Anne, Rémi, Audrey, Marjorie et Martin abasourdis  ont regardé, écouté Yvette qui a vu, qui a survécu et qui a raconté la faim, la soif, le froid, les mauvais traitements, la peur...
Pendant la cérémonie qui vint clore cette journée au monument du souvenir situé près des ruines d'une des chambres à gaz, alors que la nuit et le froid tombaient, Ginette Kolinka, une autre rescapée, prit la parole pour remercier les élèves d'avoir permis à son père, son petit frère de 12 ans et un neveu de 14 ans, morts à Auschwitz  de revivre. La minute de silence pour rendre hommage aux millions de victimes du nazisme fut grave.
Nos six lycéens ont regagné Cracovie puis Cambrai prêts à témoigner pour que l'on n'oublie jamais.

Dans les jours qui ont suivi, l'une d'eux écrit:
Le soir du voyage, je n'ai pas su m'endormir sans y penser, sans penser à tous ces gens qui sont morts dans ces camps alors qu'ils n'avaient rien fait pour mériter cela, j'ai pensé aux enfants, aux hommes, aux femmes, à la souffrance qu'ils ont pu ressentir... j'ai d'ailleurs eu les larmes aux yeux et je me suis donc forcée à penser à autre chose pour ne pas pleurer. On ne veut peut être pas montrer cela devant les gens (par fierté?) mais lorsque l'on y repense seul chez soi, c'est dur de se retenir.

De nombreuses choses m'ont marquée, comme les cheveux des déportés exposés dans les vitrines, les chaussures d'enfants, les valises avec leurs noms, ainsi derrière chaque valise se cache un déporté qui a souffert de tout cela.
Mais aussi les conditions d'hygiène: penser que nous, nous ne pouvons passer une journée sans  nous laver, et eux qui n'avaient pas le droit de se doucher, ou alors seulement au bout de 3 mois avec de l'eau glacée, sans avoir de serviette pour s'essuyer et les SS qui ouvraient les fenêtres pour que les déportés sèchent plus vite! Ils n'avaient pas de vêtements ou simplement un vulgaire pantalon parfois trop grand, des chaussures trop petites ou deux du même pied; les femmes étaient sans soutien-gorge, privées de leurs féminités. Autant de choses humiliantes...
Madame Lévy nous a raconté qu'avec ses copines du camp, elles s'imaginaient leur mariage à la sortie du camp, leur robe de mariée... Elles inventaient des recettes de cuisine et pensaient les faire chez elles en rentrant du camp.

Des questions persistent toujours en moi...

Pourquoi tant de haine envers toutes ces personnes ?
Pourquoi tant d'atrocités, de stratégie pour faire souffrir des enfants, des femmes, des hommes innocents, pour les humilier de cette façon ?
Peut-on appeler les responsables de ce génocide des Hommes ? Plutôt des machines sans coeur, des monstres, des insensibles, ce sont eux les bêtes !!!!
Comment ont t-ils pu vivre, se coucher le soir, tranquillement en sachant ce qu'ils faisaient la journée : tuer des milliers de personnes innocentes, faire des tests scientifiques horribles, et même considérer leurs chiens comme plus importants que les juifs par exemple ? 

 

Cette journée est gravée dans ma mémoire et dès que possible je transmettrai ce que j'ai vu, ce que je sais aux personnes qui m'entourent, aux plus jeunes, car c'est un devoir de mémoire, il ne faut pas oublier cette horrible période de l'Histoire.

J'aimerais ne surtout pas oublier tous les détails de cette journée, même si cela va être dur,les anecdotes d' Yvette Lévy, les informations de la guide, Monsieur Baron et sa femme, les sentiments, les sensations ressentis sur les lieux. 

 

Je vais rester en « veille informationnelle » pour en savoir toujours plus à ce sujet.

Je n'hésiterai pas à y retourner un jour, même pourquoi pas plusieurs fois pour ne pas oublier, pour en savoir encore davantage.

Nous sommes partis le matin pour Auschwitz et Birkenau ... et nous sommes rentrés le soir même de ce lieu où des millions de personnes sont rentrées...sans même jamais en ressortir...

Ces six élèves choisis chacun dans une classe de terminale technologique différente doivent être à présent des relais dans ce devoir de mémoire. S'ils ont bien sûr très vite témoigné de ce qu'ils ont vu à Auschwitz et à Birkenau auprès de leurs camarades de classe, certains participent à l'atelier-théâtre mis en place au lycée avec Audrey Chapon, intervenante du THEC (Théâtre en Cambrésis, direction Antoine Lemaire). Cet atelier consiste en la mise en voix de témoignages sur la Déportation. Il mêle témoignage de ces six élèves, témoignage de rescapés comme celui de M. Charles Baron et celui d'Yvette Lévy et témoignages empruntés à leurs lectures. Il s'adresse aux élèves volontaires qui n'ont pas fait le déplacement à Auschwitz-Birkenau et doit aboutir à des représentations qui se tiendront à la Grange dîmière du théâtre de Cambrai. La date est déjà fixée : les 18, 20 et 21 mai 2010.


Annick Ségard,
Enseignante en français au lycée général et technologique Saint Luc




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